mercredi 8 février 2017

Il est 6 heures











Blues du dimanche soir. On rentre.
Le week-end toujours achevé prématurément nous plonge dans la mélancolie mes parents, mes soeurs et moi. A l’arrière, je suis assise au milieu, la place bâtarde. Je suis la plus jeune. 
Les adultes avancent vers leur lundi et remplissent la voiture d’une angoisse aigre. Le dimanche est la journée la plus courte de la semaine. A peine née, elle est condamnée par une fin précoce qui la teinte dès le matin. Elle n’a pas de soirée. Elle s’achève quand ma mère commence à charger des sacs dans le coffre de la 504.
L’heure et demi qui sépare la maison de campagne, vieille ferme ruinée, à notre HLM est un non-temps dans un non-lieu. Heureusement, il y a la radio pour nous distraire du néant. 
Nostalgie, RTL, « les grosses têtes »… Je soupçonne mes parents d’écourter le séjour pour pouvoir les écouter. 
Sagy… St Amour… Marboz… Bourg-en-Bresse! On est plus près du début que de la fin. 
Ca sent le saucisson. Papa rote.
« Il est six heures au clocher de l’église » Je tends l’oreille.
« Dans le square les fleurs poétisent » Gorge serrée.
« Une fille va sortir de la mairie » Mes yeux me piquent.

-C’est qui ça?
-Christophe! A chaque fois tu demandes!!

« Il faudrait que je lui parle à tout prix » Mon émotion ne porte pas de nom. Elle les contient toutes. Comme si je tombais amoureuse. Le monsieur chante pour moi les mots bleus, tous les mots bleus pour moi seule. Le trajet se colore et même la tristesse devient belle. Au son de sa voix, je me sens gonflée comme une éponge, imbibée de larmes et de rires. 


Comme mercredi dernier, salle Pleyel où j’ai pleuré sur les vestiges du chaos.










jeudi 26 janvier 2017

La bonne vieille drague à la Papa




Je vais vous raconter un peu ce qu'il s'est passé l'instant d'avant cet autoportrait...







Peut-être que je vous ai laissé penser que la vie en Ardèche était un long fleuve tranquille... Alors laissez-moi vous raconter une petite histoire.

Il est huit heures. Je sors tôt pour pouvoir profiter seule de la rivière et du soleil avant qu'il ne soit trop chaud. J'ai enfilé une petite robe légère et courte pour que mes jambes aient une chance de rattraper (un peu) mes bras en terme de bronzage. A part ça, pas particulièrement coquette ce matin, j'ai les cheveux sales, je les ai cachés avec un foulard. Pas maquillée, les yeux gonflés de sommeil, je vais juste bouquiner à la plage. Pas au Macumba (oui, ça existe encore).
Pourtant, alors que je passe sous le pont du village, qu'entends-je?! On me siffle, figurez-vous! Je me retourne, oui, je suis bien seule, c'est bien à moi que l'hommage est adressé. Merveilleux! Je me sens d'un coup propulsée dans les années 80 (1980). Une espèce en voie d'extinction me guette du haut du pont. De son perchoir, il n'a pas pu voir ma tronche ce matin,  mais il semblerait que le reste soit à son goût. De toutes façons, y a que ça! A 8h du mat, on fait pas le difficile! Je l'ignore. Il insiste. Je vais m'asseoir plus loin sur la plage et sort un livre ostensiblement, pensant décourager l'individu. Dans ma tête, ça veut dire clairement "Non, merci, vraiment, sans façon", mais il ne l'entend pas de cette oreille là, les femmes, ça commence toujours par dire non, c'est bien connu... 
Il ne se lasse pas de siffler et moi, je suis désemparée. De nous deux, je ne sais pas pour qui j'ai le plus honte. Y a-t-il vraiment la moindre chance pour lui que cette femme qui sort seule de bonne heure pour être tranquille, en tong, avec un fichu sur la tête soit tout-à-coup séduite par le sifflet d'un (vu de loin) motard sur le retour et se décide, comme hypnotisée, à fermer son bouquin pour aller rejoindre Roméo sur le pont pour une partie de jambe en l'air torride? 
En tous cas, c'est mort pour mon moment sympathique. Je me lève, vexée d'être forcée de capituler devant tant de bêtise. 
Eh bien figurez-vous que lui, à ce moment-là, sa queue a frétillé comme elle a pu dans son pantalon serré. Il a cru que c'était gagné. Le voilà qui enfourche sa moto pour me rejoindre. 
Paniquée, je me cache sous un figuier pour lui échapper. Il fait deux fois le tour du village sur son bolide pour me chercher. Puis, comprenant enfin, il renonce et lâche sa proie. 

Moralité, les filles, si vous voulez faire comprendre à un relou que vous n'êtes pas intéressée, c'est pas compliqué, cachez-vous sous le figuier!










(oui, je suis encore énervée. 
J'ai tapé "chanson connard" sur youtube 
et voilà ce que j'ai déterré! fantastique!
Je chantais ça à tue-tête à 7 ans)



mardi 3 janvier 2017

Un beau chantier, oui!






Je n'ai pas le souvenir d'avoir éprouvé un sentiment de renouveau particulier 
au changement d'année à cette époque-là. Le renouveau c'était chaque jour 
et je n'y pensais pas. 
C'est en grandissant que l'on apprend à s'attacher aux symboles, et pourquoi pas... 
S'ils nous rappellent que peut-être, il serait temps de changer 2/3 trucs, 
ils remplissent bien leur rôle. Ils agissent comme le tintement d'une clochette qui nous dit 
"on se réveille! C'est maintenant que ça se passe!". 
Une nouvelle année, c'est aussi pour moi le moment de boucler le cycle 
de la précédente et de faire le point. 
2016 a été très contrastée. J'y ai rencontré plus de joies et de peines 
que les années précédentes, je m'y suis sentie plus vivante, comme m'éveillant 
d'un long sommeil. 
Je peux dire, en la regardant de 2017, que 2016 compte parmi mes plus belles années. 
En route pour la suite!!!














mercredi 21 décembre 2016

Butoh





Ardèche. Petite maison chaude et calme comme un ventre.
Lire "l'origine de la danse" de Pascal Quignard,
c'est régresser plus loin que le début de la vie.

Je ne me libérerai pas de ma fascination. 
Jusqu'au bout, l'origine, sans me révéler son secret, me tiraillera.
Jusqu'au bout je la trouverai plus extraordinaire que la mort.
Si proche d'elle, son contraire...
Certains voient dans ma fascination un mal de mère.
Je me pose la question.
Il me semble que la maternité n'est pas mon sujet. 
La mère est absente dans ce qui m'occupe.
Je ne fais que rejouer ce que j'ai vécu, que nous avons tous vécu.
Etre un oeuf, devenir un embryon, un foetus, naître.
En dehors de toute volonté, comme ça, par la seule force de la vie.








"Oubliez le rythme.Ne cherchez pas à avoir conscience de votre corps. Renoncez au plancher. Perdez vos muscles. Cessez de vous entrainer. N'obéissez pas à la musique. Ne soyez plus relié à rien. Songez à naître, c'est cela l'essentiel.(...) La beauté est liée à la maladresse de l'origine." L'origine de la danse





mercredi 30 novembre 2016

L'hiver arrive





La tentation du repli
Quand sortir de l'atelier est comme s'arracher à
un ventre chaud et protecteur






jeudi 24 novembre 2016

Expos Bobo!


Deux expos de mon travail à Bobo pour la National Portrait Gallery
débutent Samedi (le 26)

Une à la Galerie Philippe Gelot, à Paris.
J'y serai accompagnée par Michel Lauricella, dessinateur et sculpteur,
et Noufou Sissao (le modèle de ce portrait), sculpteur-fondeur.

L'autre exposition, à Edimbourg, à la Scottish National Portrait Gallery.
C'est le BP Portrait Award qui fait sa deuxième escale.







samedi 12 novembre 2016

Né eau










" La voie propre à chaque peintre est fascinée.
Un vrai peintre ignore ce qu'il fait. Parfois le peintre croit qu'il est comme un aigle
avec sa serre au-dessus des levrauts des images
alors que tous les peintres sont des levrauts, des rats, des petits passereaux
sur lesquels s'ouvrent le bac et les serres du grand aigle des
images nocturnes qui dresse à plusieurs reprises 
chaque nuit leur Fascinus "

Vie secrète, Pascal Quignard